Ulysse entre en scène dans la seconde laisse du poème. Elle est à relier à Ulysse, symbole de l’errance poétique ; et à Charon, le nautonier, auquel nul n’échappe, pas même le poète. Le geste de l’enfant est calculé mais son attente va bien au-delà de la simple partie de cartes. Mortifiée, Cérès se venge. L’exaltation de l’enfant explose dans la seconde strophe en même temps que le jour. Le langage et les mots sont impuissants à dire et à traduire l’amour du poète pour son père. Yves Bonnefoy se réclame d'ailleurs de l'héritage de Baudelaire, et de toute la tradition romantique. Qui prolonge le thème du naufrage ; quant à la seconde strophe, elle est à mettre en relation avec le poème III de La Maison natale, puisque Cérès, qui réapparaît ici, est la figure centrale sur laquelle se clôt le recueil. Le second volet du recueil se clôt sur une strophe optimiste dans laquelle le poète réaffirme sa confiance dans la poésie : « Je sais que tu seras ». Les deux dernières strophes marquent la dernière étape de ce recueil. La maison natale n’est plus, comme jusqu’alors, la maison natale onirique. Le dernier poème, le poème XII, le plus mystérieux, apporte des éléments de réponse à l’énigme de la poésie de Bonnefoy : « Je comprends ». Ou au contraire de la rive où se trouvent les autres enfants ? Se pose alors la question de l’issue. 4. Ce titre peut être perçu comme un oxymore: Ce mouvement est celui de l'écriture poétique : adapte sa forme, vers, prose, varie le rythme et la longueur - « rebord disloqué de la parole ». Il n’est pas étonnant alors qu’il se perçoive comme tellement différent des « autres », « à jamais les autres », avec leurs « rires » et leurs « jeux », « leur joie », tout à leur insouciance « dans l’herbe haute ». Dans l’univers du rêve, intérieur/extérieur se mêlent. 2. Une quête éperdue Elle ressurgit dans le dernier poème de La Maison natale, réhabilitée par le poète. La scène dès lors s’anime. Un poème où s’exprime le bonheur qui passe par l’expérience partagée. Chaque arcane proposant un grand nombre de figures (situations, personnages, objets, vertus). Le rêve combine les contraires, l’eau et la foudre, l’écume et les branches des arbres. Mais il est aussi celui que le géant sauve du fleuve. Le point de départ d’une complicité, d’un lien, d’un échange. 2. Le poème est centré autour de la mère, rattachée à la figure biblique de Ruth. Qui conduit son passager vers la sombre rive de la mort. Le face-à-face des parents Le langage s’est figé, en proie à « la blancheur qui transit ». Elle est … Mais le retour à l’errance est aussi promesse d’oubli de ce qu’il vient de vivre d’île en île, et promesse aussi de retour à Ithaque. Salué dès sa publication en octobre 2001 comme l'un des livres majeurs d'Yves Bonnefoy, Les Planches courbes s'impose en effet au sommet d'un œuvre sans faiblesse ni reniement. Créé par les pouvoirs de l’imaginaire (éveil/rêve), il est séparé en deux par une cloison poreuse. L’image fondatrice des « planches courbes » est inopérante. » « Réelle …la voix », « Réel, seul, le frémissement de la main… », « réelles, seules, ces barrières qu’on pousse dans la pénombre… ». Le décor qui sert de toile de fond à cette nouvelle errance est un décor nocturne, au bord d’un fleuve masqué par des roseaux. » Suivie du dernier refus du géant: « Il faut oublier tout cela… » La montée de l’angoisse Peut-être la poésie n’est-elle alors qu’une chimère, trompeuse et « retorse », comme celle qui, « aux branches du jardin d’Armide », trompe et détourne de leur route les croisés Charles et Ubald, retenus dans les lacs de la belle magicienne par sa beauté extérieure et par ses propos enchanteurs. 2. À la fois même et différent. 3. Un voyage au cœur du temps, un voyage au cœur des mots. Le passage du monde des morts à celui des vivants est un rêve irréalisable. La rencontre de l’enfant avec sa médiatrice se produit. L’île, l’étoile, la barque, la rame, l’écume, la mer. Loin d’apparaître comme le vieillard hirsute et haillonneux de la mythologie, le géant est présenté comme un homme affable, empli de sollicitude, qui s’intéresse d’emblée à l’enfant. Cette passeuse de rêves et de souvenirs. Le père reste, définitivement, une énigme pour le poète. Quelque chose fait obstacle à « la sans-visage », qui ne parvient pas à rejoindre le monde des vivants. Une force vitale et émotionnelle indemne. DEUXIÈME VOLET Autant de surfaces tremblées, qui se jouent dans les « reflets  », « la buée », l’insaisissable et le flou. Peut-être, alors, le grand enfant attentif trouvera-t-il, chez le passeur Yves Bonnefoy, des pistes de réponses. 1. ». Terme emprunté à la fauconnerie, le mot « leurre » renvoie à l’idée de piège, de mensonge, d’illusion. Mais cette fois-ci, Bonnefoy met clairement la déesse dans la position de quelqu’un qui demande, qui attend un secours, une aide. Deux fois pour évoquer la « terre », incertaine, elle aussi. Il joue à la fois sur le registre du réel - le vêtement - et sur celui de l’écran - la métaphore du « voile de l’eau ». Sites pour l’étude d’Yves Bonnefoy Les Planches courbes Terminale L. www.ac-grenoble.fr: compte-rendu du cours de M-C Bancquart, professeur à Paris-Sorbonne, intitulé " Mémoire personnelle et mémoire mythique dans les Planches courbes ". Il découvre un espace envahi dans sa totalité : « toutes les salles/partout ». Puis il s’engage dans une définition incluse dans deux subordonnées relatives: « celui qui  »… « et qui ». 7. Et comme pour Eurydice, le monde des vivants se dérobe à elle, alors même qu’elle est sur le point de parvenir à ses rives ! Le mot « voile » est ici ambivalent. Elles appartiennent au même monde de l’au-delà. Comment ne pas préférer au monde réel, forcément décevant, incomplet et pauvre, le monde clos du rêve ? La poésie est la seule réponse ontologique possible. Attirance pour la beauté, pour la magie d’Armide et de son jardin, pour le langage. L’avidité à boire de Cérès surprend l’enfant qui se moque effrontément de la déesse. • Dans quelle mesure peut-on parler d’œuvre autobiographique ? Le père propose une partie de cartes dont le jeu n’est pas précisé. Ce titre étrange recouvre un ensemble de sept recueils et emprunte au cinquième recueil son intitulé. Les « grandes voiles » rassembleuses mêlent à leurs « claquements » et à leur « silence » « le bruit, d’eau sur les pierres, de nos voix ». « Je découvrais sous le voile de l’eau  ». L’image du père, présente dans La Maison natale est donc liée à l’enfance du poète Sa mère est infirmière, elle devient ensuite institutrice. Pouvoir de rassembler « beauté et vérité » : « La beauté même, en son lieu de naissance,/Quand elle n’est encore que vérité. Ils sont visibles, tangibles. Bonnefoy évoque en outre le passage de l'enfance à l'âge adulte. Tandis qu’elle buvait le breuvage offert, un enfant à l’air dur et impudent se planta devant la déesse et se mit à rire de ce qu’il appelait son avidité. Jusqu’au moment où le poète, s’adressant dans une interjection lyrique au « rêve de la nuit » - « Ô rêve de la nuit » - lui demande d’accueillir, dans sa sagesse, le rêve diurne, déchiré par « la querelle du monde » et de le faire sien. Séparé de la « sans-visage » par une cloison de verre, il l’est tout autant des enfants dont les rires et la joie lui sont inaccessibles. L’impossibilité pour le poète de poursuivre sa quête poétique. DEUXIÈME VOLET Et « les planches de l’avant de la barque », celles contre lesquelles se tenait jadis l’enfant, à l’écoute du fleuve, « se desserrent ». L’enfant, même s’il ne peut pénétrer la vie de son père, en saisir le sens, en a perçu tout le désastre. 10. 2. Lecture analytique des Planches courbes d'Yves Bonnefoy. C’est prendre le risque de tenir un langage différent de celui, anonyme des « on », qui dénigrent la poésie et lui tournent le dos : « on te méprise », on « te dénie  », « on t’estime un théâtre », « on t’accable  ». • Quelle est la valeur des référents culturels ? » Par deux interrogations d’abord, puis par un retour au récit initial du chant deux - avec la reprise du thème du rossignol. » Ou disent autre chose que ce qui est… » (page 73) Ardemment désirée, sans cesse différée, repoussée, Ithaque est finalement rejointe. » Entre les deux espaces se trouve l’« aube », propice à l’observation de « l’avènement du monde ». Figure de l’errance, des escales, des départs, Ulysse est soumis à la volonté de Vénus. Le poète a beau tenter de déchiffrer les messages que la barque lui envoie, le sommeil est indifférent à ses efforts. Car le souvenir du père, tel que l’enfant l’a surpris en ce matin d’été, lui est une souffrance. C’est le lieu où s’ancrent les images génératrices de sens. Le géant ne revient pas sur ce qui est commencé: « de son bras libre il nage », pris avec l’enfant « dans cet espace sans fin de courants », il en accepte les turbulences et les « abîmes ». Mais ce serait un contresens grave puisque Yves Bonnefoy se déclare athée. 5. Clos sur « nos » certitudes, fermés au langage de l’inconscient, « notre avancée dans le sommeil » reste infructueuse car « nous sommes des navires lourds de nous-mêmes… ». Un voyage initiatique à rebours ... sans mouvement, la 3ème partie « Les planches courbes ». Elles sont nombreuses. 5. Le poète y exprime ses résistances face à ce texte lourd de réminiscences autobiographiques. Par comparaison avec les poèmes VIII et IX, le poème VII surprend d’abord par sa longueur : quarante-deux vers, répartis en trois épisodes dont une parenthèse de vingt-et-un vers. Au lieu de permettre aux choses d’exister, le langage les prive de leur substance. Miroirs » La poésie affirme ici, dans le dialogue qu’elle entretient avec le poète, son rôle fondateur. C’est au cœur de cette perplexité que surgit la figure réconfortante de l’enfant. À la croisée des chemins « dans la nuit profonde », l’enfant fait le choix, lui, de la pitié pour celle dont il vient enfin de comprendre qui elle est et ce qu’elle veut lui transmettre. Un salut qui passe aussi par l’acceptation des limites du langage. Les lui présente de manière progressive, patiente. Des arbres en mouvement, pareils aux arbres de la forêt de Birnam, « se pressaient de toutes parts autour de notre porte ». 3. Son regard, embué par le désespoir, cherche « Dans les choses d’ici le lieu perdu ». Promesse d’un espoir, à peine entrevue, aussitôt refusée. Il est également présent dans la laisse suivante. SEPTIÈME POÈME Pourtant, la question à peine formulée, l’enfant bouleversé par l’émotion que le manque du père suscite en lui, éclate en sanglots, « la voix brisée par les larmes. L’offrande Dans la seconde strophe du poème XII de La Maison natale, le poète revient sur le rêve de sa rencontre avec la déesse. Le géant, lui, ne connaît pas cette stabilité ; il est un nomade du fleuve et sa maison ce sont « les joncs de la rive ». DANS LE LEURRE DES MOTS L’impossible oubli Armide est une magicienne. Ainsi, par trois fois, le poème s’ouvre sur le leitmotiv fondateur: « Je m’éveillai, c’était la maison natale » (I, II, III). » Cette tâche semble réjouir l’enfant : « et je riais ». C’est la première fois que dans le recueil de La Maison natale, les médiatrices convoquées par le rêve parlent. Il se clôt sur la réhabilitation de Cérès. Le danger qui enserre la maison semble venir de l’extérieur. Les Planches courbes est le récit en prose qui donne son titre à l’ensemble du recueil Les Planches courbes. Un dialogue dont l’enjeu pour l’enfant est d’obtenir du « géant » qu’il accepte d’être son père : « Écoute, dit l’enfant, veux-tu être mon père ? C’est le temps immobile de l’été ajouté à celui des dimanches. Lieu fondateur de l’imaginaire émotionnel de l’enfant, elle est aussi le lieu-creuset de la poésie. DIXIÈME POÈME L’autre s’adresse à lui-même : « Endormons-nous… ». Issue de la nuit, la Belle concentre sur elle et sur son attitude, toute la lumière du lieu. Recueil d’ouverture des Planches Courbes, Dans le leurre des mots est composé de deux volets. Cherchez Les Planches courbes sur Amazon et Wikipédia. C’est pourtant par les mots que passe le salut. Les souvenirs sont là, qui contraignent à l’errance de la mémoire. Au seuil des mots-passeurs qui vont donner au poète la clé d’ouverture à l’écriture de son chant poétique. Un rivage ultime. La barque est reliée au monde de l’enfance, de la mémoire, du sommeil. Élément qui entraîne à sa suite « le champ de pierres et de vignes », « une flamme rouge », le « feu des vignerons » et, un peu plus loin, « les montagnes basses ». Dans cet espace clos dans lequel il est immobile, l’enfant, observateur silencieux, est en état de veille : « Je ne dormais pas ». Dispensatrice de commencement, la voix poétique, éphémère et fragile, est momentanément perdue. 1. Tant sur le plan visuel que sur le plan auditif, où dominent les indéfinis : « un navire », « un candélabre », « des flammes », « des fumées » ; « crie-t-on », « de toutes parts ». Les questions qu’il lui adresse sont simples, courantes. Sans doute celui, enveloppant, de la mort. Auréolé de lumière, de rire et d’espièglerie, l’enfant, inconscient des dangers et de la mort, est porteur d’espérance d’un monde nouveau. Ainsi se ferme ce premier volet des Planches courbes. C’est du moins ce qu’elle a cru. L’une et l’autre sont proches, toutes deux également inaccessibles. Dans la stance 14, l’oiseau chante. 1. Parvenu « À ce passage-là », le poète ne peut que rendre hommage à celui qu’il a « aperçu de loin ». Une poétique qui passe par la voix. Or le « simple » appartient au monde de l’enfance et à son évocation. Celle de la barque qui « semble fléchir de plus en plus sous le poids de l’homme et de l’enfant. À quoi correspond-elle ? Mais dont il semble cependant connaître les usages : « La sans-visage que je savais qui secouait la porte du couloir ». Que faire donc de tout ce bois sinon le ranger ou le mettre à l’abri ? Un homme effacé et silencieux, résigné. Pour lui, l'enfance est synonyme de sagesse, en effet, il préfère les sensations à la parole; tel que son étymologie le montre, l'infans est celui qui ne parle pas. N’est-ce pas accepter de recevoir la « nuée rouge » et le « délice des fruits que l’on n’a plus » ? Mais je ne suis que le passeur ! Pris entre « éveil » et « sommeil », le poète en accueille les hésitations, les limites incertaines : « on ne sait si c’est de l’éveil ou, si la foudre lente… ». Cette phrase possède 35 mots. Continuité et diversité des Planches courbes • Quel est le statut de l’œuvre intitulée Les Planches courbes ? Avec l’évocation de la maison ressurgissent les images déjà rencontrées tout au long du recueil, et avec celle toute particulière de la mort qui pousse la porte et cherche hospitalité, renaît l’image de Cérès. Non plus en proie aux eaux de la mer et du ciel, mais au « vent froid » et « à la nuit ». "Les planches courbes" Yves Bonnefoy - poésie Gallimard. Le pronom indéfini « on » suggère en effet que le passeur non plus n’a pas eu de père. Que l’enfant ne semble pas reconnaître ni comprendre. Au sens où il participe de l’essence même de la poésie. Et « reprendre sa rame », n’est-ce pas renoncer à l’oubli que lui procure « l’île de hasard » ? Le dialogue Le vers de Keats dévoile pour le poète Yves Bonnefoy, traducteur de Shakespeare et de Keats, l’origine de la souffrance maternelle, de ses pleurs (« tears »), engendrés par « le sentiment de l’exil ». Mais ici, elle appartient à l’homme qui, sans relâche, la conduit d’une rive à l’autre du fleuve. Mais le géant repousse ce rêve. Constat très pessimiste d’une impossibilité. La maison de Tours où l’enfant vit son exil tout au long de l’année et la maison de vacances de Toirac qu’il aspire à retrouver aux grandes vacances. Sensible à la répétition - « de branche en branche » -, elle l’est aussi au balancement : « c’est là nouveau ciel, nouvelle terre ». Il serait tentant de placer le récit des Planches courbes dans une perspective chrétienne. « Je suis saisi par ces douleurs qui cognent »/« Trop lourde m’est la nuit qui dure ». Celui-ci contient sept parties : La Pluie d'été, La Voix lointaine, Dans le leurre des mots, La Maison natale, Les Planches courbes, L'Encore aveugle et Jeter des pierres. Mais ces images sont des images d’avant le langage. Le leurre désigne un morceau de cuir rouge, en forme d’oiseau garni de plumes, utilisé pour faire revenir l’oiseau de chasse sur le poing du fauconnier. La demande du poète va dans le sens de l’unification, de la pacification (« la quiétude de l’écume »), du fusionnel, qui s’accomplit dans le désir du même : « les mêmes étoiles qui s’accroissent dans le sommeil ». Ni la ponctuation. • Cérès réhabilitée. « dans cet espace sans fin de courants qui s’entrechoquent, d’abîmes qui s’entrouvrent, d’étoiles. Espace de transition, ce poème est celui du déplacement entre deux lieux. Le seul monde qui lui soit connu et familier, c’est le monde des morts. Les « chambranles » sont marqués par la décrépitude. Mais je ne puis Les femmes, figures tutélaires du foyer Il faut oublier les mots. « Mensonge », « illusion » ou « leurre » pour la plupart des hommes, la poésie est, pour l’aède de ces chants, le seul mot qui résiste au temps et aux « désastres ». Ambiguïtés du rêve » Et s’il formule cette prière, c’est qu’il ne s’y est pas trompé. Les deux personnages qui occupent le devant de la scène sont l’enfant et la « Belle ». Elles sont présentes dans leur éloignement par « l’odeur de l’huile qui chauffe dans la marmite ». Il faudra attendre le dernier poème pour voir l’enfant élucider et l’énigme de Cérès et sa propre énigme. Dans La Maison natale, sa venue est annoncée par les figures féminines qui la précèdent : la « sans-visage » (Eurydice, I), la déesse (II). » La fonction de père ne peut s’inscrire dans la restriction - « ne… que » - ou dans la négation. Le poète, porte-parole des hommes et en butte comme eux avec les contradictions intenses auxquelles ils sont en proie, s'interroge sur les moyens de concilier les contraires. Faut-il voir dans cette métaphore marine une image fusionnelle ou au contraire les prémices d’une souffrance ? Ovide, Métamorphoses, V/423-461, Garnier-Flammarion, 1966, p. 147. Réserve d’images d’avant le langage, source inépuisable de création, il renferme aussi ses propres limites. Ici, la « pierre », cette image « simple », prend tout son sens. Elles s’organisent autour d’une image centrale : 1. La reformulation de cette interrogation place à nouveau le géant devant l’épreuve de son engagement auprès de l’enfant. Analyse de la phrase. Prendre le risque C’est elle qui se tient à la « proue » de la barque, l’entraînant vers « le haut de la mer ». L’épisode de la rencontre de la déesse avec Mismé (fille de Baubô) et Ascalabos *, son fils. La promesse La réalité contre le rêve Composée de douze laisses, La Maison natale confère à l’ensemble du recueil son unité. Cours lent du fleuve déjà en partie absorbé par « le bruit des voûtes de la mer ». EXTRAIT des MÉTAMORPHOSES, V Ce sont les lieux qu’habitent l’enfant ou l’aède. Deux personnages surgissent aux côtés de l’enfant. • L’enfant charpentier (IV) Ainsi, à trop se complaire dans les images narcissiques du rêve, le poète se noie dans les pièges d’un moi attaché à des présences illusoires. La figure centrale de cet épisode est celle du père. La présence d’Ulysse se prolonge dans la troisième laisse. » Peut-être le passeur a-t-il peur de ne pas être à la hauteur des attentes de l’enfant ? Les trois acteurs du rêve Tactile : « le front, les yeux contre ses planches courbes » ; visuel : « Je garde mes yeux contre le bois » ; auditif : « j’écoute cogner le bas du fleuve » ; olfactif : «  le bois/Qui a une odeur de goudron et de colle ». Un arrêt sur image se produit sur le « chardon bleu des sables », symbole christique d’espérance, et sur le « bien furtif », qui combine une sensation tactile concrète – « furtif  » – avec la notion abstraite du « bien ». * La référence aux jardins d’Armide et à la chimère qui habite les branches des arbres est empruntée au chant XVI, stances 13 et 14 de La Jérusalem délivrée de Torquato Tasso (1544-1595) (dit Le Tasse, en français). Livrée à l’errance de l’enfant - « je vais dans la maison de pièce en pièce » -, la maison est un lieu empli de souffrances, de confusion douloureuse. DANS LE LEURRE DES MOTS La dernière modification de cette page a été faite le 3 juillet 2020 à 22:38. Elle vit dans son palais entouré de jardins enchanteurs. « Comment garder/Audible l’espérance dans le tumulte », « Comment faire pour que vieillir, ce soit renaître ». Ces rires des enfants dans l’herbe haute, Sans doute la masse de l’eau qui fait poids contre la porte. « Nous mettons nos pieds dans l’eau du rêve... ». Les planches courbes... une barque ? Le vers deux replace « la maison natale » dans ce qu’elle fut réellement, dépourvue de charme, d’affect et de tout pouvoir onirique : « celle qui fut et rien de plus ». Le rêve est une seconde vie, « une vie dans la vie ». Et des images qui sont liées à son histoire. « Je regardais ». • « Les étés » Les Planches courbes est un recueil de poésies d'Yves Bonnefoy publié en 2001 aux éditions du Mercure de France. Au coeur des préoccupations du poète, la poésie est une interlocutrice directe. Avec son hors temps, sa mouvance, « son écume », « son rivage ». Risque d’autant plus grand que le nom de la poésie n’est plus aimé et que, la nommer, c’est la faire exister parmi les « ruines de la parole. Itinérance dans La Maison natale Pareil à Ulysse, figure de l’errance, le poète accomplit un voyage au rebours de lui-même. Peut-être faut-il se garder des mots, qui sont impuissants et trompeurs ? Leur échange reste secret. Des milliers de livres avec la livraison chez vous en 1 jour ou en magasin avec -5% de réduction . Et la syntaxe distordue de ce vers étrange : « Ici rien qu’à jamais le bien du rêve ». Commentaire de texte de 2 pages en littérature : Yves Bonnefoy, Les planches Courbes. » L’enfant se plie à ces injonctions : il « se cramponna à son cou ». Lecture analytique des Planches courbes d'Yves Bonnefoy. La maison est saccagée par le désordre « les miroirs/Amoncelés partout ». À la différence de l’épisode précédent qui ne présentait qu’un lieu aux frontières imprécises, ce nouveau pan de rêve se déroule en trois lieux différents, répartis sur deux laisses. LA MAISON NATALE Écart qui s’accentue encore lorsque le poète évoque son amour et son désespoir. La vieille, toute chargée de connotations négatives, réveille en chaque lecteur la sorcière des vieux contes. L’eau frappait les pieds de la table, le buffet. Cette figure passe par le corps rassurant du père, qui offre ses genoux à l’enfant ; elle est une figure de proximité : « qui s’assied près de toi le soir », présence rassurante aux abords du sommeil de l’enfant : « lorsque tu as peur de t’endormir »; elle est une figure du don « pour te raconter une histoire ». « Ai-je voulu me moquer, certes non ». Il sait déchiffrer dans son visage l’expression de quelqu’un « absent de soi. Même énigmatique, même confrontée à ses insuffisances et à ses leurres, elle garde en elle sa force d’affirmation au monde. Il se produit alors une scène étrange. L’enfant, « moqué » peut-être, reste seul, avec sa déception, son désarroi, sa « main tendue qui ne traverse pas ». C’est l’enfant, qui s’est encore rapproché du géant et se relie à lui par un geste intime - « un doigt toucha son oreille » -, qui revient sur la question précédente tout en la précisant : « veux-tu être mon père ? Des mots qui nous offrent plus que ce qui est Après la halte lumineuse et la parenthèse heureuse de la Maison natale X, le poète reprend sa route. Elles ne peuvent en franchir les limites ni l’enfant établir avec elles de réel échange. Cette question implique que l’explication proposée par le géant a fait son chemin dans l’esprit de l’enfant et que l’enfant a investi le bon géant de toute sa confiance filiale. La poésie est recommencement. Et le langage, lui, est séparateur. 1. Avec la mort. » Celle de la difficulté du passeur qui « peine à la pousser en avant ». ». Mais quelle est cette « autre rive »? La même silhouette que dans l’épisode VII se dessine. 3. Et au monde de ressurgir : Peut-être Ulysse, investi des rêves du poète, préfigure-t-il le poète à venir ? Mais une voix parle, qui montre les choses à l’enfant. Le poète effectue un dernier revirement en faveur de la poésie et de son avènement. Les figures de sauveur/sauvé se superposent et se confondent pour fusionner dans des réseaux d’images énigmatiques dont l’issue du récit ne livre pas la clé. Elle ressentit l’offense et, comme elle n’avait pas achevé de tout boire, la déesse jeta sur lui, pendant qu’il parlait encore, le reste de liquide mélangé à la farine d’orge. VOCABULAIRE PORTATIF Pour visualiser le plan détaillé de la lecture, CLIQUER ICI.. Ph, G.AdC YVES BONNEFOY, LES PLANCHES COURBES Divagations autour du titre du recueil Le titre éponyme du recueil (Les Planches courbes, Mercure de France, 2001 ; Gallimard, Collection Poésie, premier dépôt légal en 2003) est un titre … Le salut du passeur et de l’enfant qui passe par l’échange et le partage ; par l’acceptation des épreuves imposées ; par l’acceptation de la finitude propre à l’être humain. Ces vers conclusifs n’appartiennent plus au récit. » « Fut-ce la ligne basse d’un rivage… ? Marquée par le deuil et par l’exil, Cérès est pour le poète une figure de l’abnégation et de la souffrance. Pourtant, dans la strophe suivante, le poète réitère à nouveau la confiance qu’il a dans la poésie. À la démultiplication des lieux répond l’accélération du rêve, la précipitation : « je me hâte ». Et trouver sa voix. Ce que le géant donne à voir à l’enfant, c’est la réalité. Un décor de désastre Ce récit se présente comme un conte à deux personnages. La poésie d'Yves Bonnefoy est tout en réceptivité, elle puise sa sève dans le perceptif, dans l'intuitif et le sensoriel, dans l'entendement du coeur. Mais elles sont confuses, enchevêtrées, insaisissables. Le « simple » est là, présent dans « l’odeur » artisanale de « goudron et de colle ». L’enfant, déçu dans son attente, « maladroit » peut-être à attirer sur lui l’attention du père, « maladroit » à lui faire don de son désir de le voir reprendre le dessus sur sa vie, brouille les cartes au profit du père, afin « que celui qui perdait gagne ». L’ensemble de ces trois recueils forme un tout. » Dans la quête de filiation de l’enfant, il y a du désarroi et du désir. Cependant le rêve, ancré dans la durée, est lié au souvenir. Enfin, dernier élément du merveilleux, la métamorphose quasi simultanée de la « petite jambe », devenue « immense déjà » et celle du fleuve, transformé en un monde inquiétant et inconnu, « un espace sans fin de courants qui s’entrechoquent, d’abîmes qui s’entrouvrent », mais aussi un univers onirique « d’étoiles ». Le langage de l’amour est un langage difficile, obscur, impénétrable, imparfait. La courbure des planches ne peut jouer son rôle de matrice. La première représentation qui nous est donnée de la maison natale est donc une image de l’exil, occupée par la figure centrale de la « sans-visage ». selon les recommandations des projets correspondants. Peut-être ce regard est-il celui de quelqu’un qui épie, désireux de surprendre ce qui lui échappe, qui lui est dérobé ? Peut-être à la fois l’un et l’autre. DANS LE LEURRE DES MOTS La parenthèse qui s’ouvre sur l’évocation du réveil, évoque le souvenir de jours étals, « jours préservés », à l’abri dans la mémoire. Cherchez Les Planches courbes sur Amazon et Wikipédia. Cherchez cette citation sur Google Livre. À plusieurs reprises, cependant, le poète transforme le récit en le soumettant à des bifurcations imprévues. Le malheur de l’enfant repose sur un malentendu. L’enfant a conservé le rire qui le caractérisait : « Il sait encore rire. * Comment ne pas penser aux vers du poème « Aube » (Illuminations, 1873), d’Arthur Rimbaud : « J’ai embrassé l’aube d’été » ? Trois recueils forment à eux seuls un tout. De se couper des autres, de se replier définitivement et mortellement sur lui-même. Au terme de son périple onirique, le poète est contraint de faire le constat de l’impasse dans laquelle il se trouve. Mais aussi la part de rêve et les « étoiles ». Son amour pour la déesse. Même dans les rêves ! » Que cette partie ait donné son nom au recueil souligne bien son importance. La mère est pareille à Ruth, « sick for home », elle est séparée de ce qui lui est cher, le lieu et la maison de ses origines, contrainte de demeurer sur un sol étranger : « She stood in tears amid the alien corn ». Le poète sait comment faire émerger le seul mot qui pour lui fait sens, le mot « poésie ». Il est représenté comme pourvu de deux visages, l’un regardant derrière lui, l’autre devant lui. 3. La parenthèse du poème VII, qui insère l’étrange scène de la partie de cartes jouée entre le père et l’enfant, n’est pas sans évoquer les célèbres Tarots de Milan et de Ferrare. 3. NEUVIÈME POÈME La figure du père qui se dessine et prend forme dans la réponse du passeur est une figure consolatrice : « celui qui te prend sur ses genoux quand tu pleures ». Le « chemin » au « chardon bleu » Le même vers développe de manière insistante et l’image du leurre et l’idée d’une progression. 4. Le jeu de glissement des images La comparaison du « navire » avec un « candélabre » est inattendue mais elle s’explique par le jeu d’alternance de lumières et d’ombres que donne le spectacle nocturne de cet incendie du navire. Une évocation dans laquelle la forme mythologique et la forme biographique s’entrelacent, intimement mêlées. C’est à un tout autre moment que celui de l’été et des vacances. L’exil « Je dédiais mes mots aux montagnes basses/« Que soient dédiés les mots qui ne savent dire ».

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